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16% of Canadians will experience infertility in some way, shape or form. 

This is a space where we will share their stories, to let others know they are not alone, and to let the healing begin. 

L'histoire de Karine

L'histoire de Karine

1) Quelle a été votre expérience personnelle avec l’infertilité et-ou la perte de grossesse?

J’ai reçu un diagnostic d’infertilité tard dans la vingtaine suite à la découverte d’un imposant fibrome dans ma paroie utérine. N’étant pas prête à accepter le diagnostic sans une seconde opinion, j’ai consulté un deuxième gynécologue qui s’avéra plus positif. Il m’informa que je pourrais fort probablement porter un enfant sans aucun problème si on procédait à l’enlèvement chirurgical du fibrome et que ma guérison se faisait sans complications. J’ai subi la chirurgie et tout se déroula bien. Suite à notre mariage au printemps 2017, mon mari et moi avons commencé nos tentatives de fonder une famille. Nous n’avons eu aucun succès pendant près d’un an, moment auquel ma première grossesse ne s’implanta pas. Je n’ai même pas eu la chance de prendre un test de grossesse pour la confirmer, mais étrangement, cette perte nous donna plus d’espoir qu’elle ne causa de chagrin. Au moins quelque chose avait commencé à se produire! Le mois suivant, je tenais enfin un test de grossesse positif dans mes mains et mon mari et moi étions remplis de bonheur et d’excitation, particulièrement puisque mon frère et son épouse attendaient aussi leur premier enfant et que nous allions pouvoir partager l’expérience de devenir des nouveaux parents tous ensemble. Ma grossesse semblait bien se dérouler. J’ai été la proie de nausées à compter de la cinquième semaine, faire une sieste est devenu mon loisir préféré et l’aneth, que j’avais toujours adoré, s’avérait soudainement être un de mes pires ennemis. Mon mari et moi avons choisi d’appeler notre bébé Jasper en attendant d’apprendre s’il s’agissait d’un garçon ou d’une fille et avons fait un premier rendez-vous chez mon gynéco. Tout était prêt pour que nous nous rendions chez le médecin au début de ma septième semaine de grossesse, lorsque pendant la sixième semaine j’ai commencé à saigner. Il s’agissait de petites pertes brunâtres, celles qui sont généralement considérées comme anodines pour un début de grossesse alors mon mari et moi avons gardé notre calme le plus possible. Nous avons appelé mon généraliste, ma massothérapeuthe qui se spécialise entre-autres en massage pré-natal ainsi que ma mère et ils ont tous été très rassurants. Pas de grosses crampes, pas de sang rouge, pas de maux de dos, pas de panique! Mon gynéco semblait moins confiant sur le sort de notre bébé quand nous lui avons rendu visite une semaine plus tard par contre. Il a commencé par craindre une grossesse ectopique et a demandé que je subisse une échographie. Le technicien trouva Jasper bien emmitouflé dans mon utérus lors l’échographie. Il était par contre un peu petit pour le stade de ma grossesse  on ne pouvait pas voir si son coeur battait ou pas, alors le gynéco me demanda de prendre un autre rendez-vous deux semaines plus tard et nous renvoya à la maison pour avec une référence pour un curettage au cas-où je faisais une fausse couche d’ici-là et qu’elle me causerait une hémorragie. Mon mari et moi avons quittés la clinique beaucoup heureux d’avoir une photo de notre bébé que nous l’étions inquiétés par la référence pour le curettage. Notre bonheur fut de courte durée, par contre, puisque 24 heures après mon rendez-vous chez le médecin, mes saignements ont soudainement augmenté et étaient accompagnés de crampes. J’ai appelé mon mari en panique afin qu’il rentre du bureau. À son arrivée, nous avons composé le 811 puisque mon gynéco n’était à son bureau que du lundi au mercredi. L’infirmier avec qui nous avons parlé était merveilleux. Il nous expliqua que les échographies internes peuvent irriter le col de l’utérus et causer des saignements et nous rassura qu’il n’était pas nécessaire pour nous de nous rendre à l’hôpital, sauf si mon état s’aggravait. Mon état demeura stable pour la nuit, mais le lendemain en fin de journée j’ai commencé à passer de gros caillots. Mon mari rentra du travail encore une fois et nous sommes partis à pied vers la clinique d’urgence qui se trouve au coin de notre rue où on nous refusa puisqu’aucun technicien d’échographie n’était sur place. Heureusement, il y a un hôpital un peu plus bas sur notre rue, alors c’est vers lui que nous nous sommes dirigés, confiants qu’ils pourraient nous venir en aide rapidement. Je n’ai même pas pensé amener une serviette sanitaire avec moi, juste un protège dessous. Nous allions rapidement découvrir qu’une femme qui subit une fausse couche en début de grossesse n’est pas un cas urgent aux yeux du système médical. Il faut aussi dire que la chance ne nous a vraiment pas sourit puisque ma fausse couche a commencé le vendredi, 30 juin en début de soirée qui était le début de la longue fin de semaine de la Fête du Canada. Dès notre arrivée à l’hôpital vers 17:00, nous avons appris que le département de gynécologie était fermé. Nous allions devoir nous contenter avec la salle d’urgence. Je suis passée par le triage assez rapidement et j’ai été classée comme un cas non-urgent, puisque je n’étais pas tordue par la douleur et que je n’étais pas non plus en train de mourir au bout de mon sang. Mon cas a été réévalué deux heures plus tard et après deux heures de plus passées dans la salle d’attente, donc vers 21:00, mon état s’est aggravé de nouveau. Mon mari et moi sommes retournés auprès de l’infirmier au triage. On m’avait déjà demandé à au moins deux reprises ce soir là combien de serviettes sanitaires je passais à l’heure, mais c’était une fois de trop pour moi. J’ai éclaté en sanglots en expliquant à l’infirmier que je ne pouvais pas savoir combien de serviettes que je passais à l’heure parce que je n’en portais pas. Je n’avais qu’un simple protège-dessous et par conséquence, je ne restais pas assise dans ma chaise dans la salle d’attente à tacher mes vêtements. Quand je sentais que j’allais saigner, j’allais aux toilettes, mais leur chasse d’eau automatique était si rapide que tout ce que j’avais le temps voir, c’était que je saignais beaucoup et que ça s’aggravait. l’infirmier demanda ensuite quel était le degré de sévérité de mes crampes, alors j’ai dû expliquer de nouveau, comme je l’avais déjà fait plusieurs fois depuis le début de la soirée, que j’avais une vision floue de la douleur quand venait aux crampes utérines grâce à un historique de menstruations très douloureuses. Je ne trouvais pas la douleur horrible, mais encore là, ça s’aggravait. Je me suis ensuite permis de lui dire que le plus horrible dans tout ça c’était que tout le monde semblait se foutre du fait que j’étais en train de faire une fausse couche, qu’il y avait visiblement quelque chose qui n’allait pas avec mon bébé et que personne ne semblait intéressé à essayer de voir exactement ce qui se produisait dans mon corps. Pour toute réponse, l’infirmier me tendit une boîte de mouchoirs et s’est dit vraiment navré pour nous, mais que si j’étais effectivement en train de faire une fausse couche à ce stade de ma grossesse qu’il n’y avait rien que le personnel médical pourrait faire pour sauver notre bébé. Il a ensuite élevé notre code de priorité dans le système de triage et nous a renvoyé dans la salle d’attente.  Peu après un autre infirmier nous a appelé et nous a placé, mon mari et moi, dans une salle d’attente privée pour les cas gynécologiques avec une salle de bain attenante pour que je puisse mieux gérer mes saignements. Nous avons enfin été vu par le médecin de l’urgence deux heures plus tard, vers 23:00. Il me posa quelques questions à propos de ma grossesse et a quitté la pièce en disant qu’il serait de retour sous peu avec les résultats des analyses sanguines qu’on m’avait fait subir plus tôt dans la soirée. Il n’est revenu que vers 12:30 A.M. et nous a informé que nous pouvions rentrer chez nous. Mon taux d’hémoglobine était encore bon, mon hCG était toujours élevé, ils ne pouvaient rien faire de plus pour nous. Mon mari et moi étions sous le choc. Pas d’échographie? Non, pas d’échographie, il n’y avait pas de technicien sur place à cause du férié. On ne nous avait pas donné cette information au courant de la soirée. Le médecin fit un examen interne et nous informa que les saignements semblaient provenir de l’emplacement du placenta et que nous saurions d’ici 24 heures à une semaine si ma grossesse se poursuivrait où pas, parce qu’il pouvait arriver qu’une femme fasse une hémorragie en début de grossesse et arrive tout de même à porter son enfant à terme. Mon mari et moi sommes donc rentrés chez nous à pied complètement épuisés et avec un goût amer dans notre bouche. Nous avions l’impression que cette visite à l’hôpital avait été totalement inutile.Il était 1:00 du matin quand nous avons enfin pu nous coucher. J’avais mis une serviette sanitaire de nuit avant de me mettre au lit, elle était faite pour durer dix heures de temps. Je me suis réveillée en sursaut à 3:00 du matin quand j’ai fait une hémorragie. J’ai saigné à travers la serviette sanitaire, ma petite culotte et le drap plat sur le lit. Le sang m’était monté jusque dans le nombril. Mon mari changea la literie pendant que je me rinçais dans la douche. J’étais glacée et frissonnante en retournant au lit. J’ai indiqué à mon mari que si je faisais une deuxième hémorragie de la sorte, il devait appeler le 911. Heureusement, je n’ai pas fait une autre hémorragie cette nuit là. Notre bébé nous quitta en après-midi. C’était la première fois que j’entendais mon mari sangloter et le son me brisa le coeur autant que la perte de notre enfant. Ça nous avait prit un an concevoir Jasper. Nous l’aimions déjà tellement, il était ce que nous avions de plus précieux au monde et pourtant mon corps n’avait pas réussi à le porter à terme.

J’ai mis des semaines à me remettre physiquement de ma fausse couche puisque la perte de sang avait été assez significative pour me rendre très anémique. Malgré cela et nos coeurs brisés, mon mari et moi savions sans l’ombre d’un doute que nous voulions un autre bébé. Nous avons conçu notre troisième bébé aussi facilement que nous avions conçu Jasper et au mois de novembre, je tenais de nouveau un test de grossesse positif dans mes mains. Mon mari et moi avons nommé ce bébé Chase pour faire référence au qualificatif ‘’chanceux’’ ainsi qu’à la version anglaise du verbe ‘’chasser’’, puisque nous étions convaincus que ce bébé serait notre bébé chanceux, celui que nous pourrions enfin tenir dans nos bras et éventuellement poursuivre à la course jusqu’à nous en épuiser. Cette nouvelle grossesse a eu un impact beaucoup plus prononcé sur ma santé mentale que ma santé physique. Les fortes nausées et la grande fatigue ont été remplacés par l’anxiété et les cauchemars. Je craignais de découvrir que je saignais à tout moment et je traitais chaque douleur au dos et chaque crampe abdominale comme le présage d’une fausse couche imminente. Les choses se sont calmées un peu une fois que j’avais dépassée ma sixième semaine de grossesse, le stade auquel les ennuis avec Jasper avait débuté. C’est aussi dans ma sixième semaine de grossesse que j’ai débuté un cours de yoga pré-natal, ce qui m’aida énormément à me détendre. Ce n’est qu’une fois rendue à ma huitième semaine de grossesse que je suis parvenue à me convaincre que tout allait réellement se passer pour le mieux. Nous avons donc décidé d’annoncer ma grossesse à la famille de mon mari lors d’une célébration d’anniversaire pour lui et sa mère. Le fait d’avoir pris cette décision n’a fait qu’accroitre ma dévastation quand j’ai commencé à subir des pertes sanguines quelques jours après notre annonce. Plutôt que de nous déplacer à l’hôpital immédiatement, mon mari et moi avons préféré laisser passer une nuit en espérant envers et contre tout que les saignements auraient cessé le lendemain matin. Quand ce ne fût pas le cas, nous avons décidé de nous rendre à l’urgence. Le fait que nous étions à trois jours de Noël a beaucoup motivé notre décision puisque nous n’avions aucune envie de revivre le cauchemar d’un congé férié passé à l’hôpital. Je savais qu’il y avait un grave problème avec notre bébé quand le technicien en échographie de l’urgence n’a pas réussi à le trouver, ni même à détecter le battement de son coeur. Chase n’était pas notre premier bébé et j’étais enceinte de presque neuf semaines, il aurait dû être facile à trouver. Le médecin de l’urgence nous a transféré à l’aile de gynécologie qui avait de l’équipement plus spécialisé. Le gynécologue a trouvé Chase presque instantanément, mais il était beaucoup trop petit. Il faisait la taille d’un embryon de six semaines et six jours, il ne bougeait pas, son petit coeur ne battait pas, il n’y avait aucune indication qu’il se développait. Le médecin, l’air grave, nous demanda de revenir dans deux jours pour une autre échographie. Il nous a dit que parfois, les bébés peuvent être surprenants et que deux jours peuvent faire toute la différence. Il nous tendit ensuite une référence pour la clinique spécialisée en pertes de grossesses répétées en nous disant qu’il souhaitait de tout coeur que nous n’aurions pas besoin de nous y rendre.

Mon état s’est aggravé pendant les deux jours qui ont suivi. Mes saignements ont augmenté et ont commencé à être accompagnés de crampes et de maux de dos et mon petit soupçon de bedon qui avait commencé à se pointer le bout du nez s’est effacé pour être remplacé par un éclosion de boutons sur mon visage. Seule ma mère était au courant de nos ennuis puisque nous ne voulions pas gâcher l’esprit des Fêtes de nos proches avec notre tragédie en développement. Nous sommes retournés à l’hôpital pour une autre échographie la Veille de Noël comme on nous l’avait demandé. Cette fois, c’est une technicienne qui a procédé à l’examen puisqu’il n’y avait qu’un gynéco en devoir cette journée là et qu’elle croulait sous le travail. On nous a envoyé à l’urgence pour attendre les résultats de l’échographie et nous y sommes restés neuf heures de temps avant que le gynéco puisse se libérer pour nous annoncer que notre petit Chase était mort et qu’il l’était depuis au moins deux semaines et demi. Mon mari et moi étions abasourdis. Nous ne pouvions pas croire que nous étions en train de revivre la même horreur que nous avions traversé presque exactement six mois plus tôt. Quelque chose en moi s’est fermé ce jour là. Depuis, je ne fais plus autant confiance à la vie, je ne crois plus que toute situation a le potentiel d’un bon dénouement. La dernière lueur de l’innocence qu’il me restait de ma jeunesse s’est éteinte avec mon bébé. Ma grossesse était terminée depuis deux semaines et demie, mais mon corps ne l’avait pas compris. Je commençais à développer une infection et en tenant compte de cela et de la quantité de sang que j’avais perdu lors de ma dernière fausse couche j’ai décidé, avec le soutien de mon mari,  qu’il vaudrait mieux que je subisse un curettage le soir même. Je n’avais jamais été aussi heureuse que l’on m’administre un cocktail de drogues pour m’assommer. La seule émotion cohérente que j’ai ressenti pour la balance de la soirée de la veille de Noël a été la déception quand j’ai appri que je ne pourrais pas consommer le lait de poule maison que j’avais préparé pour les 24 prochaines heures puisque les narcotiques et l’alcool n’étaient pas de bons compagnons. Mon mari nous appela un taxi pour nous ramener à la maison après mon opération et dès que nous étions rentrés, il éclata en sanglots. Il était attristé par la perte de notre bébé, m’a t’il dit, mais ce qui l’avait ébranlé encore plus dans toute cette histoire c’était la vitesse fulgurante à laquelle les choses avaient dégénéré. Il avait eu terrible peur qu’il allait me perdre. Je l’ai pris dans mes bras et nous avons pleuré ensemble.

Dans la semaine qui a suivi la perte de Chase, notre famille et nos amis nous ont tenu bien occupés. Le commentaire que nous recevions le plus souvent était de l’étonnement devant le fait que nous avions tenus presque tout nos engagements du temps des Fêtes. Ce que les gens ne voyaient pas, par contre, c’était la fréquence à laquelle je m’endormais en pleurant dans les bras de mon mari. Garder le sourire pendant la journée afin de ne pas gâcher les Fêtes des autres a été incroyable épuisant. Le lendemain de la dernière célébration qui s’est tenue chez nous, notre sapin de Noël était au bord de la rue et toutes nos décorations étaient rangées dans leurs boîtes au sous-sol. Je ne voulais absolument plus voir tout ces objets qui me rappelaient à quelle vitesse notre Noël s’était transformé en un véritable cauchemar.

Mon mari et moi n’avons toujours pas tenté de concevoir un autre enfant depuis la perte de Chase. Nous prenons le temps de guérir de nos pertes successives avant de décider si nous voulons risquer une nouvelle grossesse, surtout que celle-ci serait suivie de très près par un spécialiste en pertes de grossesses répétées pour le premier trimestre. Nous n’avons jamais quitté un rendez-vous de suivi de grossesse avec des bonnes nouvelles, alors l’idée même d’avoir à subir des analyses régulières à elle seule est angoissante. Nous sommes, par contre, sur une liste d’intérêt pour l’adoption en Corée du Sud. Nous devrons attendre encore un an avant de pouvoir soumettre un dossier d’application puisque ce pays exige que les couples adoptants soient mariés depuis au moins trois ans. Après toutes les épreuves que mon mari et moi avons vécu dans la dernière année, un an d’attente ne nous semble pas terrible si au bout du compte nous avons l’opportunité d’enfin tenir un enfant bien à nous dans nos bras sans vivre dans la peur d’une nouvelle fausse couche. D’ici là, nous prenons le temps de guérir et faisons notre possible pour apprendre à faire de nouveau confiance en la vie et de croire qu’elle nous apportera un jour des merveilles.

2) Comment votre expérience a t-elle changé votre vie pour le pire? Et pour le meilleur?

Un peu moins d’un mois après la perte de Chase, mon mari et moi avons fait la rencontre d’un merveilleux médecin en fertilité qui se spécialise aussi dans l’évaluation des couples qui vivent des pertes de grossesses répétées. Mon mari et moi avons tout les deux subi des analyses génétiques et on m’a aussi fait passer toute une batterie d’autres analyses. Je n’avais aucune idée qu’une telle clinique existait dans le domaine de la santé publique à Montréal et de l’apprendre m’a aidé à me sentir beaucoup moins stigmatisée et isolée. Aucune cause n’a été trouvée pour nos pertes, mais au moins nous savons que ma santé est bonne et qu’il n’y aucune raison médicale pour laquelle nous ne pourrions pas un jour avoir un enfant si nous le désirons.

3) Quand et comment êtes vous venue à la conclusion que vous pourriez passer outre après votre fausse couche ou diagnostic d’infertilité?

Je ne suis pas la sorte de personne qui baisse les bras devant l’adversité, donc de ne pas passer outre ne m’est jamais venu à l’idée. Peu importe comment je me sens quand je me réveille le matin, je me lève et je fonctionne du mieux que je peux même si je dois prendre une heure plus tard dans la journée pour vivre mes émotions, que ce soit en me reposant ou en pleurant un peu.

4) Qu’avez-vous appri à travers cette expérience?

J’ai appri que la perte de grossesse peut toucher tout le monde. J’ai passé des années à surveiller ma santé et à m’éduquer sur les précautions à prendre pendant la grossesse et j’ai tout de même subi des fausses couches. J’ai aussi découvert à quel point on peut se sentir seule dans notre souffrance quand on vit un deuil périnatal. Je n’avais aucune idée de combien de femmes dans mon entourage avait perdu des bébés à des fausses couches avant de partager mon histoire. C’est incroyablement triste que tant de femmes souffrent en silence et j’espère qu’en tant que société, nous pouvons changer cette situation.

5) Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir, du courage et de la force lors de vos mauvaises journées?

Mon mari est mon sauveur dans mes pires moments. Il sait comment me faire verbaliser mon deuil, mais ne me pousse jamais à en parler jusqu’à ce que je sois prête. Aussi, j’ai un lapin en tricot gris qui était pour Jasper et une aquarelle d’un renard que j’ai acheté pour Chase. Nous les avons installés sur une tablette dans ce qui sera un jour la chambre de notre enfant. Je vais souvent dans cette pièce pour passer un moment avec mes bébés.

6) Dans vos bonnes journées, comment vous sentez-vous face à votre expérience avec l’infertilité?

Mon expérience avec l’infertilité m’a donné l’habileté de prendre le contrôle de ma santé. Le jour de mon diagnostic a été le première fois où je me suis permise de questionner le pronostic d’un médecin. Si jamais vous recevez un diagnostic d’infertilité dû à un ou des fibromes, cherchez une deuxième opinion! L’infertilité causé par des fibromes est souvent réversible, alors plaidez votre cause jusqu’à ce que vous trouvez un médecin qui évaluera votre cas en profondeur!  

7) En trois mots, décrivez comment vous vous êtes perçue avant, pendant et après votre expérience de perte de grossesse

Optimiste, fragile, transformée.

8) Comment votre expérience avec l’infertilité et les fausses couches vous a changé en tant que personne?

Mon expérience avec l’infertilité et les fausses couches m’a changé profondément. Je me sentais si confiante face à ma fertilité et notre habileté à mon mari et moi de fonder une famille après ma chirurgie et même après notre première fausse couche, mais depuis notre troisième perte, j’ai perdu un peu de ma fougue. J’ai toujours voulu devenir une mère de famille et j’ai passé toute ma vie à avoir hâte au jour où je pourrais vivre une grossesse et toute la joie que cela apporterait. Le fait que l’idée de tomber enceinte me terrifie à présent est très difficile à accepter.   

9) Comment les gens ont ils réagi à vos troubles de fertilité? Est-ce que vos relations en ont été impacté? Qu’avez vous reçu comme commentaires utiles ou sinon blessants?

La grande majorité de notre entourage a réagi avec compréhension et empathie. La meilleure chose qu’on nous a dit était qu’on ne pouvait pas imaginer ce que nous ressentions, mais qu’on était toujours prêt à nous écouter quand nous avions besoin de nous confier. Bien sûr, il y a toujours une exception à la règle. L’exception, dans notre cas, est venu de la part d’un homme que nous connaissions à peine, mais avec qui nous avons dû partager une table lors d’une célébration familiale. Lors de la célébration, j’étais sur le point de perdre notre première grossesse et cet homme s’est donné comme mission d’éplucher notre vie de couple afin d’apprendre pourquoi, après presque un an de mariage, mon mari et moi ne semblions toujours pas attendre un enfant. Nous avons tenté de changer le sujet à plusieurs reprises jusqu’à ce que cet homme me regarde droit dans les yeux et me dise ‘Peut-être que vous n’avez pas d’enfants parce que vous n’en voulez pas!’ Il n’y a pas de mots pour décrire comment je me suis sentie en ce moment. J’étais choquée, horrifiée et profondément blessée, je ne pouvais pas m’imaginer qu’on puisse s’adresser de cette façon à quiconque, mais particulièrement pas à une quasi étrangère! Mon mari m’a promis que nous ne reverrions plus jamais cet homme là.

10) Parlez nous de vous, quels sont vos passions, vos loisirs, vos activités préférées?

J’aime beaucoup chanter, je pratique le chant choral depuis plus de dix ans. J’ai dû quitter ma chorale au mois de février par contre parce que de devoir faire semblant que tout allait bien et tenter de socializer dans un si grand groupe (nous étions plus de 90) était trop demandant pour moi. Je vais retourner au chant choral à l’automne au sein d’un groupe un peu plus intime. Je pratique aussi le pilates une fois par semaine et en quittant le chant, j’ai repris l’équitation, un sport que j’avais pratiqué tout au long de mon adolescence. Je voulais reprendre l’équitation depuis un bon moment, mais mes grossesses répétées m’en ont empêché. De passer quelques heures par semaine dans une écurie entourée de chevaux me fait énormément de bien. Finalement, je suis une ‘foodie’. J’adore aller dans les marchés publics de Montréal et concocter de beaux plats avec des ingrédients frais. Nous avons une petite pièce à côté de notre cuisine qui contient une étagère remplie de livres de recettes et j’aime bien faire grossir cette collection sur une base régulière.

11) Quelle est votre citation préférée?

"Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries."- Marcel Proust


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